n° 30 Livrer des repas non halal
Question :
ٱلسَّلَامُ عَلَيْكُمْ وَرَحْمَةُ ٱللَّٰهِ وَبَرَكَاتُهُ
Pouvez vous nous apporter des précisions sur le métier de livreur de repas type uber eats.
Est ce que le fait de transporter des repas non halal et voir même des boissons alcoolisées est autorisé ?
Et de la même façon quant est il des métiers de cuisinier qui pourraient préparer des repas non halal ?
جَزَاكَ اللَّهُ خَيْرًا
Réponse
اَلـجَـــــوَابُ حَــامِـــــداً وَّمُــصَلِّــــياً
اَلـــسَّلاَمُ عَلَيْكُــــمْ وَرَحْـــمَةُ اللهِ وَبَـرَكَـاتُـــهُ
Selon l’école hanafite, livrer ou transporter des produits comme du vin, du porc, de la nourriture haram à des non-musulmans est toléré. Les juristes considèrent en effet que l'acte de transport n'est pas répréhensible en soi.
Le célèbre juriste Ibn ʿAbidin ash-Shāmī (r) précise à ce sujet : « Il est permis de livrer du vin à un non-musulman, à pied ou en véhicule, contre rémunération. Si la livraison est licite, la fabrication du vin rest en revanche strictement interdite, car elle implique une participation directe au péché. »
Notons que Sahibayn, l’Imām Abū Yūsuf et l’Imām Muhammad (les deux principaux disciples d’Abu Hanifah) se montrent plus réservés : ils qualifient cette activité de blâmable (Makruh), y voyant une forme de complicité au péché.
L’imām Abu Hanifah (r) valide les revenus de ces livraisons car le transport ne constitue ni une faute, ni un moyen direct d’en commettre une. Le péché ne naît que de l'intention délibérée d'enfreindre la règle, une volonté totalement étrangère au simple fait de déplacer une marchandise.
Le cas des livreurs de repas (uber eat et autres) :
Ce principe s'applique directement aux coursiers d'aujourd'hui. Un livreur est payé pour acheminer un repas d'un restaurant à un client. Le transport n'étant pas illicite en soi, sa rémunération correspond uniquement au service rendu. Le coursier n'assume aucune responsabilité quant à la nature des plats ou à leur consommation.
Il est donc parfaitement permis d'exercer ce métier, que la nourriture transportée soit halal ou non, et l'intégralité des revenus (pourboires compris) est légitime.
Par contre, bien que ce travail soit tolérée, l'idéal reste d'éviter les activités qui suscitent le doute lorsque c'est possible et qu’on puisse trouver des alternatives. Choisir une source de revenus totalement indiscutable est toujours le meilleur moyen d'attirer la Barakah et la sérénité dans notre vie.
De nos jours, les applications de livraison permettent très facilement de connaître à l'avance la nature d'un restaurant. Si l'on a le choix de ses courses ou de ses secteurs, il devient alors un devoir moral et éthique de faire l'effort d'éviter les établissements qui servent de l'alcool ou de la nourriture illicite, pour privilégier activement les enseignes halal.
والله أعلم
Et Allāh est Le plus Savant.
Références :
إذا استأجر الرجل حمالاً ليحمل له خمراً، فله الأجر في قول أبي حنيفة، وقال أبو يوسف ومحمد: لا أجر له. (المحيط البرهاني (7 /481)
إذا استأجر ذمي دابة من مسلم أو سفينة لينقل عليها الخمر جاز في قول أبي حنيفة رحمه الله تعالى وقال صاحباه لا يجوز (الفتاوى الهندية – 4/ 449)
ومن استأجر حمالا يحمل له الخمر فله الأجر في قول أبي حنيفة وعند أبي يوسف ومحمد لا أجر له كذا ذكر في الأصل … ولأبي حنيفة أننفس الحمل ليس بمعصية بدليل أن حملها للإراقة والتخليل مباح وكذا ليس بسبب للمعصية وهو الشرب. لأن ذلك يحصل بفعل فاعل مختار وليس الحمل من ضرورات الشرب فكانت سببا محضا فلا حكم له كعصر العنب وقطفه. (بدائع الصنائع، ٤/٢٩٠)